Cela fait quelques semaines que je ne t'écris plus, que je ne communique plus ce que je ressens ou fais. Je voulais te laisser de l’espace, te donner un peu d'air. Je sors pas beaucoup, j’ai essayé un peu mais c’était pas facile. Je n’arrive pas à lire pour l’instant non plus, mon cerveau n’est pas encore assez calme. Je regarde des films, je regarde ma série de con, ça j’y arrive. Je dors. Je réfléchis aussi, beaucoup. Mais ce que j’ai fait beaucoup ces dernières semaines, c’est la chose qui a contribué en grande partie au fait qu’on soit arrivés à cette situation. Je me rends compte que j’ai, durant des années, donné beaucoup trop d’importance aux réseaux sociaux et à internet en général. Mon attention était focalisée sur la vie des autres, leurs activités, leur environnement, etc.
Ça a eu un effet néfaste sur ma perception de moi même et de mon identité, ça a nourri mes insécurités, ça m’a donné des envies, des objectifs, qui n’étaient pas forcément atteignables voire même souhaitables. Je m’étais construite une vision de vie que je voulais à tout prix atteindre, mais qui au fond ne venait pas de moi, de mes envies, de mon propre vécu, du plus profond de moi. Je voulais juste combler un vide (celui qui s'est empiré après avoir abandonné mon master), et en essayant de le combler je n’ai fait que le creuser encore plus, et je me suis perdue, j'ai perdu la vraie Vivian. Ce qui était censé être "juste de l’inspiration" était en train de me vider de plus en plus, m’empêchant d’agir concrètement dans ma vie, de faire des choix, de me faire violence et faire ce qu’il faut faire même si ça allait à l’encontre de ce que j’avais comme vision de vie, ou qui me forçait de sortir de ma zone de confort. Ma dépression s’est empirée, ta dépression aussi, et je n’ai pas pu être là pour toi comme j’aurais voulu l’être, je n'ai pas écouté assez attentivement tes besoins et attentes (celles que tu réussissais à communiquer, du moins), j’ai attendu des choses de toi basées sur une vision construite sur de fausses images sur internet, des opinions, des conseils d'inconnus, qui ont pollué mon cerveau et mon coeur, créant ainsi des attentes et donc de la pression sur toi autour de questions qui aujourd'hui me paraissent superflues. J’étais vraiment aveuglée, je ne voyais pas du tout la mauvaise influence qu’ont eu instagram, discord, youtube, etc sur moi et donc, inévitablement, sur nous en tant que couple.
Maintenant que je suis seule avec le vide et le silence, face à un avenir plus incertain que jamais, à reconstruire de zéro, c'est plus "facile" d'observer mon ressenti et mon comportement en fonction du temps que je passe sur Instagram, par exemple, et je commence à voir, à comprendre comment ça affecte mon humeur, ma motivation, et mon amour propre. Et ça me fait réfléchir à comment cette habitude de passer tellement de temps sur des réseaux sociaux (et devant un écran de manière générale) a influencé mes actions, mes demandes, mes envies, ma communication, ma passivité, etc dans le passé. Et maintenant que c'est plus clair, ça m'effraie, et ça me donne envie de retourner en arrière et voir qui je serais aujourd'hui si je m’étais impliquée plus dans le monde réel. Sortir, faire du sport, ou de la danse ou un instrument, aller plus souvent au restaurant ou à des concerts, aller plus souvent au cinéma, faire du bénévolat ou participer dans des ASBLs, lire des magazines plutôt que scroller Instagram, contrôler activement mon temps sur mon téléphone avec les apps qui bloquent, ou tout simplement reprendre mon ancien blackberry.
Je sais que c’est trop tard maintenant, que quelque chose est cassé, que ce n'est pas réparable, mais cette réalisation m’a soulagée, m’a permise de comprendre réellement ce qu'il s'est passé, pourquoi tu as eu l'impression de perdre la Vivian que tu aimais, et par conséquent pourquoi tu as perdu tes sentiments pour moi. J'arrive à voir les différences entre la Vivian de 2021 ou 2022 et celle d'aujourd'hui. Elle était impliquée, plus curieuse, elle voulait créer, sortir, voyager, découvrir, documenter. Elle était plus attentionnée et moins impatiente, moins demandante, et surtout plus indépendante. Elle avait son stage en menuiserie, puis ses études, qui lui permettaient d'avoir un but personnel clair. Et je pense que c'est de cette différence, celle entre la Vivian d'avant et celle d'aujourd'hui, que je parlais quand j'ai dit « je me suis laissée aller », ou quand je m’explique pourquoi on a du rompre. Car oui, je me suis laissée aller et bien qu’une part soit expliquée par la dépression, ou mon tempérament, ou les circonstances externes, ces faiblesses étaient activement nourries quotidiennement par mon temps devant des écrans, en train de me projeter dans des vies imaginaires plutôt qu'agir dans le présent. Et pour moi, pour pouvoir me reconstruire, et retrouver la Vivian d'avant la grande dépression, je veux réduire mon temps sur internet, et l'utiliser plus intentionnellement.